Pouvons-nous nous affranchir des frontières?

Soirée débat 16 février

L’emploi fréquent désormais du mot de migrant reflète les transformations en cours dans le monde. A l’immigré de naguère dont le nom même manifestait une vocation à s’installer semble se substituer désormais le migrant dont le nom indique qu’ il n’est que de passage et qu’il n’a pas vocation à rester.

Les faits sont connus : chaque jour amène aux portes de l’Europe des cortèges de réfugiés qui là-bas ont tout perdu et qui ici n’ont par conséquent plus rien à perdre. Les centres de rétention se multiplient à l’intérieur des pays quand parfois ces anonymes, souvent sans-papiers, ne sont pas rejetés simplement dans les jungles de non-droit. A mesure que des Afghans, Syriens, Irakiens se massent aux frontières, de nouveaux murs et autres rideaux de fer s’élèvent pour leur barrer la route. Qu’en penser ? Commençons par penser ensemble.

Les médias invitent régulièrement des philosophes à éclairer le sens des transformations contemporaines, des mouvements migratoires et du bien-fondé des frontières. Le temps leur manque à chaque fois et leur propos finit par nourrir le maelstrom des opinions.  Or une opinion ( « c’est fatal », « c’est légitime » ), même délivrée par un philosophe, demeure une opinion et ne vaut pas davantage parce qu’elle est proclamée sur un ton solennel. L’idée d’une citoyenneté mondiale ( défendue par les penseurs du cosmopolitisme de Diogène le cynique à Kant notamment) apparaît aujourd’hui comme un rêve de poète. Pourquoi à l’heure de la mondialisation, l’humanité ne parvient-elle pas à s’affranchir des frontières? Quelle définition de l’humanité (fines en latin) révèle l’attachement à la réalité des frontières? L’humanité peut-elle se définir autrement qu’en instaurant et en respectant les frontières ? Cette question constituera un des enjeux de la soirée.

Grégory Darbadie,

Professeur de philosophie,

auteur de Paris Philo (Éditions Parigramme)

Avec : Denis Lemasson, médecin-écrivain et Fantah Touré, romancière